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La Prestation Compensatoire

Suite à un divorce, il est naturel de craindre une baisse de votre niveau de vie. Pour atténuer cette disparité, le conjoint le plus aisé peut être tenu de verser une prestation compensatoire. Que vous soyez dans la situation de créancier ou de débiteur, il est important de bien comprendre les différentes modalités et critères de cette prestation. Elle peut être versée sous différentes formes, et son montant peut être fixé par accord entre les époux ou par le juge. En cas de non-paiement, divers moyens de coercition existent, et sous certaines conditions, la prestation compensatoire peut être révisée. Nous vous proposons ici un guide complet pour comprendre son fonctionnement, son calcul, ses critères et son impact fiscal.

Article 270 code civil : La définition

Article 271 du code civil : Les critères

 

 La prestation compensatoire est une somme d’argent ou une autre forme de compensation versée par un époux à l’autre afin de compenser les disparités que le divorce crée dans les conditions de vie respectives. Elle peut être définie lors d’un divorce contentieux par le juge aux affaires familiales, ou dans une convention de divorce par consentement mutuel. Le montant de cette prestation vise à rééquilibrer les conséquences économiques de la rupture du mariage pour le conjoint le moins favorisé.

Elle peut prendre la forme d’un capital, d’une rente, ou encore d’un droit d’usage ou d’habitation. Toutefois, le juge peut refuser d’accorder cette prestation s’il estime que l’équité ne le justifie pas, par exemple en cas de divorce prononcé aux torts exclusifs de l’époux demandeur.

 

Méthode de paiement

La prestation compensatoire peut être versée sous différentes formes :

  • Capital : Paiement en numéraire ou transfert de propriété (abandon d’un bien).
  • Rente viagère ou temporaire : L’époux débiteur peut verser la somme sur une longue durée.
  • Règlement mixte : Une combinaison de versements en capital et en rente est possible.

Une fois le divorce prononcé, la prestation compensatoire devient exigible. Si l’ex-époux ne s’acquitte pas de ses obligations, le créancier peut obtenir un titre exécutoire et recourir aux moyens de coercition classiques pour récupérer le montant dû. En cas de non-paiement, des sanctions civiles (dommages-intérêts) et pénales (abandon de famille, insolvabilité frauduleuse) peuvent s’appliquer.

Les Critères

La prestation compensatoire est fixée selon les besoins du créancier (l’époux qui la reçoit) et les ressources du débiteur (l’époux qui la verse). Le juge prend en compte plusieurs critères prévus à l’article 271 du Code civil :

  • Durée du mariage : Plus la durée du mariage est longue, plus la prestation peut être élevée.
  • Âge et état de santé des époux : Les besoins futurs du créancier sont pris en considération.
  • Situation professionnelle et qualifications : Les conséquences des choix de carrière faits pendant la vie commune.
  • Patrimoine des époux : Le juge tient compte du patrimoine en capital et en revenus après la liquidation du régime matrimonial.
  • Droits à la retraite : Une estimation de la perte des droits à retraite dus aux sacrifices professionnels.

Le juge réalise un audit patrimonial (pour évaluer les ressources et le patrimoine) et un audit compensatoire (pour analyser les sacrifices non financiers). Ces éléments sont cruciaux pour déterminer s’il existe une disparité entre les deux époux qui justifierait une prestation compensatoire.

La Fiscalité

La prestation compensatoire a des impacts fiscaux pour les deux parties :

Pour le débiteur (celui qui verse la prestation) :

  • Si la prestation est versée sous forme de capital dans les 12 mois suivant le divorce, le débiteur peut bénéficier d’une réduction d’impôt de 25 %, dans la limite de 30 500 €.
  • Si le versement est étalé sur plus de 12 mois, elle sera déductible de l’ensemble des revenus.

Pour le créancier (celui qui reçoit la prestation) :

  • Si le capital est versé dans les 12 mois suivant le divorce, le créancier n’est pas imposable.
  • Si le capital est versé sur plus de 12 mois, il devient imposable au titre des revenus.

Le traitement fiscal dépend donc de la forme et de la durée de la prestation. Les sommes reçues en rente sont imposées comme des revenus complémentaires, similaires à une pension alimentaire.

Les méthodes de calcul utilisées

Il existe deux grandes catégories de méthodes de calcul de la prestation compensatoire :

  • Les méthodes simples, dites empiriques, qui se basent uniquement sur la différence de revenus entre les époux, avec certaines prenant également en compte la durée du mariage.
  • Les méthodes globalisantes, plus détaillées, qui tiennent compte non seulement des écarts de revenus, mais également des différences patrimoniales, de la capacité d’épargne, et de la situation globale des époux. Parmi ces méthodes, on retrouve entre autres la méthode Dupondt, la méthode David, la méthode Saint Léon…

Il est important de noter que les juges ne sont pas liés à une méthode de calcul spécifique. Chaque situation est unique, et le choix de la méthode dépend des particularités du dossier.

Si les méthodes empiriques, qui ne prennent en compte que la différence de revenus et parfois la durée du mariage, peuvent sembler simples et rapides, elles montrent leurs limites lorsque des disparités patrimoniales importantes existent entre les époux.

Dans ce cas, il est essentiel que l’avocat réalise un travail préparatoire approfondi pour évaluer précisément le montant de la prestation compensatoire. Il est souvent judicieux de présenter ces calculs détaillés, prenant en compte les différences patrimoniales, et les confronter aux critères légaux afin d’éclairer le juge ou de faciliter une négociation entre les parties.